Beauté de la Nature

Beauté de la Nature
On ne voit bien qu'avec le Coeur, l'Essentiel est invisible pour les Yeux ! Le Petit Prince d'Antoine de Saint Exupery

27 mars 2016

Pâques en Alsace, origines et traditions...

Pâques étant une fête mobile, contrairement à Noël ou à la Toussaint, cette année elle n'est pas en avril mais déjà le 27 mars. Elle est fixée selon le calendrier lunaire, le premier dimanche qui suit la pleine lune (le dimanche après le 14e jours du 1er mois lunaire du printemps)… D'autres calculeront pour moi, je fais confiance à mon calendrier !
    
Si les chrétiens disent depuis des siècles "les fêtes de Pâques" ou "les Pâques", c'est pour se distinguer de la fête juive "Pessa'h" et pour évoquer la passion, la crucifixion et la résurrection de Jésus. La Pessa'h évoque la fuite d'Egypte du peuple juif et le passage de la Mer Rouge. D'après les Evangiles, c'est la veille de Sabbat que Jésus fut crucifié (Vendredi Saint). Sa résurrection 3 jours plus tard est célébrée le dimanche suivant la pleine lune de printemps. 
Simon Dewey 2001
Fête païenne à l'origine, elle célèbrait le printemps, la renaissance et le retour de la lumière (équinoxe de printemps : date à laquelle la durée du jour égale celle de la nuit).
C'est à cette occasion que l'on peut admirer, si le soleil veut bien assister à la fête, le rayon vert qui part du pied gauche de Judas dans le vitrail pour éclairer le Christ crucifié de la chaire.
Photo du site du Millénaire de la Fondation de la Cathédrale de Strasbourg.

L'Osterputz (ou le grand nettoyage de Pâques)
Durant la Pâques juive, en souvenir de la fuite d'Egypte pendant laquelle le pain n'avait pas eu le temps de lever, il est interdit de manger des aliments contenant de la levure. Les familles consomment du pain sans levain (Mazots) que mes grands parents appelaient "matzenbrot" et qui pour moi était un délice que je réclamais souvent au cours de l'année. Mais pour enlever toute trace de levain dans la maison, la famille juive procédait à un grand ménage, resté en usage dans beaucoup de familles alsaciennes sous le nom de "Osterputz"… un vrai remue-ménage. Sortir les literies et les tapis, se défoulant en tapant de toutes nos forces sur les matelas et le tapis accrochés sur les cordes à linge avec de grosses tapettes en rotin. Changer les feuilles de journal disposées sur les armoires, nettoyer les meubles en bois puis les enduire d'encaustique à la cire d'abeilles. Nettoyer les  vitres avec de l'eau, du vinaigre et du papier journal.

Mais l'Osterputz ne concernait pas que la maison, pouvait-on décemment fêter Pâques sans être passé par la case Coiffeur, sans avoir choisi sa robe de printemps, ses chaussures vernies…
Oh, j'oubliais : purification de l'âme également avec passage obligé (du moins pour tous ceux qui avaient fait leur première communion ou Communion Privée à 8 ans, à plus forte raison la Communion Solennelle, à 14 ans - eh oui, en Alsace on avait droit à 2 communions !) par le confessionnal ! Et les adultes n'y coupaient pas !!!
Et purification de l'estomac avec repas œufs le jeudi saint et poisson le vendredi saint. Et le samedi reste dans ma mémoire comme une torture : confection de pâtes maison, préparation du gigot d'agneau, confection des desserts, tartes aux fruits, crèmes, biscuits et "lamala" auxquels il était interdit de goûter (mais ma grand mère qui voulait vérifier si c'était bon, elle avait le droit d'y plonger le doigt, elle !)

Ostergarten

Quand ça devenait vraiment trop intenable, Oma appelait à la rescousse "Opa-Superman-Sauveur d'enfants super-exités" et nous partions avec lui, Génie et moi, chacune un panier d'osier au bras, pour ramasser dans les prés tout ce qui nous servirait pour construire un "Ostergarten" : lierre, mousse, pâquerettes, violettes, primevères (si Pâques n'était pas trop tôt dans l'année) et Opa réalisait un petit fagot avec les brins de saule pour l'armature. Que dire du résultat ? Ben, superbe il faut croire puisque le lapin de Pâques a toujours semblé l'apprécier…

Et pour qui faire un "Ostergarten" ? ben, pour le Osterhas !

Le Osterhas (Lièvre de Pâques), symbole de fécondité, est devenu en français le Lapin de Pâques. Je ne m'étais jamais posé la question (surtout pas…) pourquoi le Lapin de Pâques pondait-il des œufs ? qui plus est en couleurs ? enrobés de papier doré ? en chocolat ? Vous vous souvenez de ces petites comptines :

          "Petit lièvre au fond des bois,          
          où tu es, écoute moi.          
          Petit lièvre, tu m'apporteras          
          un œuf de Pâques en chocolat !"


ou de cette chansonnette : 
          "Oui, j'ai pris mon panier léger
          pour aller chercher
          un bel œuf aux prés (ou doré…)
Refrain : Où est-il caché ?
          Où est-il caché ?
          Mon petit lapin
          Tu le sais très bien
          Et tu ne dis rien !

          J'ai cherché sous le grand pommier
          Et sous le prunier, je n'ai rien trouvé !
Refrain…

          J'ai cherché sous la fine herbette,
          Sous les pâquerettes, je n'ai rien trouvé !
Refrain…

          En passant près de mon lapin,
          Il a remué et j'ai vu soudain,
          Un bel œuf doré
          Qu'il avait caché !

          Tu l'avais caché, mon petit lapin,
          Mais je l'ai trouvé !"

Osterbaum ou Arbre de pâques

Dans la semaine précédent les fêtes, nous allions couper des brins de forsythias, de saule tortueux, de petites branches d'arbres fruitiers en fleurs selon ce que la nature nous offrait pour confectionner notre "Osterbaum". Un de mes oncles étant un grand amateur d'œufs gobés (beurk !) il nous gardait les coquilles que nous décorions à volonté, avec de la peinture spéciale, des dentelles, des rubans, des papiers, etc. Pas toujours évident parce qu'il fallait bien tenir ces œufs et éviter de les salir ou au pire, comble de malheur, de les casser… Les fixer ensuite aux branches n'avait rien d'un jeu d'enfant et les plus grands s'y collaient volontiers ! C'était à l'époque où les vacances de Printemps étaient encore à Pâques et s'appelaient les Vacances de Pâques ! Tout cela prenait du temps et occupait les enfants impatients.

Lamele ou Osterlamele
 Que l'on peut traduire en français par "petit agneau" ou "petit agneau pascal"…

J'en salive rien que d'y penser !
Cette pâtisserie pascale alsacienne est un gâteau en forme d'agneau de 10 à 20 cm de hauteur fait avec une "pâte à biscuit" (une génoise) moelleuse riche en œufs. Nous étions chargées de beurrer les moules en terre cuite émaillée de Soufflenheim puis, une fois cuit, de le saupoudrer de sucre glace, de lui attacher au cou un petit ruban rouge et de le "banderiller" avec un petit fanion jaune et blanc (couleurs de la papauté) ou rouge et blanc (couleurs de l'Alsace).
 
Ce petit agneau est partagé au petit déjeuner du dimanche de Pâques, en tant que symbole chrétien qui assimile le Christ à l'agneau, ou l'après-midi avec un verre de vin blanc d'Alsace ou du café. Pour nous, est-il utile de préciser, c'était le matin…

Symbole d'innocence et d'obéissance, l'agneau rappelle le sacrifice du Christ "agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde". Dans la Bible, c'est la preuve de soumission demandée par Dieu à Abraham : le sacrifice de son fils. À la dernière minute, Dieu lui permit de sacrifier un bélier plutôt que son fils.

En Egypte, prévenus du passage de l'ange exterminateur, les juifs utilisèrent du sang d'agneau pour marquer leur maison et ainsi préserver leurs enfants.

Cloches

Ah ! ces cloches qui partaient pour Rome le jeudi soir pour être bénies et ne revenir que le dimanche, jour de la résurrection ! Oui, bien sûr, quand elles revenaient, elles semaient en chemin plein de beaux et bons oeufs pour les enfants et le matin de Pâques, c'était la chasse aux oeufs ! et dire qu'en Alsace nous avions en plus les oeufs du Osterhas ! Double dose...
Alors, pour rythmer les jours, les garçons du village armés de crécelles (retch) et de Kleper ou Klopfer,  passaient par petits groupes, dans le village pour appeler les fidèles à la messe ou à la prière en l'absence des cloches. Ils se rassemblaient au croisement Wollenschlaeger : les Stättler, les Sändler, les Niedersändler. Les communiants de l'année étaient chefs de groupes et dirigeaient leurs "retscha" dans les rues du village. Ils chantaient à tue-tête :
-       le matin à 6h : "Der Dag fängt an zu schleichen, für die Armen, für die Reichen, Oh Gott, jetzt isch Dag Glock ! Ave Maria !" grrrrrrrrrrr
-       à midi : "Ihr Leut mir wollt Euch sagen, die Glock hat zwölf geschlagen, Ave Maria !" Grrrrrrrr
-       le soir "Die Nacht fängt an zu schleichen, für die Armen, für die Reichen, vum helle Dag in finschder Nacht, gelobt sei Gott Maria, Ave Maria !" Grrrrrr
-       et le jour du Vendredi Saint à 15h : "In Gotteshaus zu kommen, wir rufen alle Frommen, gestorben ist Herr Jesus Krist, am Kreuze für uns alle ! Ave Maria !" Grrrrrrrrr
Le samedi de Pâques, l'après-midi, ils récoltaient chez les habitants, les œufs (ou les espèces sonnantes et trébuchantes…) en guise de remerciements et de récompenses.

L'Ile de Pâques

Non, non ! l'Ile de Pâques n'est pas la demeure du Lapin de Pâques comme le Pôle Nord est le lieu de résidence du Père Noël ! Il lui faudrait des dauphins magiques qui, à l'image des rennes du traineau, tireraient à toute vitesse sa pirogue de par le monde ! Et ensuite, une fois à terre, il lui faudrait les bottes de 7 lieues pour assurer la distribution ! Et les énormes statues ne contiennent pas sa réserve ! Vous pouvez me croire : Arnaud et Liza sont allés vérifier !
 
Si l'Ile de Rapa Nui est surnommée Ile de Pâques, c'est tout simplement parce qu'elle a été découverte le jour de Pâques 1722 par Jakob Roggeveen, un explorateur néerlandais.



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire